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lundi 4 avril 2011

Damasio, le contrevent de la SF Française

Je voulais me lancer dans un billet sur un gros morceau de la littérature SF/Fantasy, genre Zelazny, Lovecraft ou Moorcock.... Mais, je me suis dis que quitte à faire partager quelque chose, autant que ce soit quelque chose d'un peu moins connu (encore que... parfois, on a des surprises...) qui pourtant mériterait de l'être bien plus (même si, on va pas chipoter, c'est pas underground au point d'être édité au fond d'un garage cradingue au milieu d'un coin où même les moutons en troupeau se sentent seuls... Même si ça fait très Black Metal... Mais bon, là, comme c'est pour un livre de toute façon....), quelque chose que j'aime beaucoup et que je gagnerais à vous faire partager.

Je vais donc vous faire un petit speech sur, Alain Damasio! *clap*clap*clap*

Comme c'est mentionné dans le titre, Alain Damasio est un auteur de Science Fiction français, qui a été récompensé par le grand prix de l'imaginaire en 2006 pour son livre La Horde du Contrevent, ce qui est amplement mérité!!! (Alors, certes, j'ai pas lu tous les bouquins de SF édités en 2006, n'empêche que ce prix a au moins été décerné à un bon livre sans nul doute!).

Attardons nous un peu sur ces livres, ces deux livres en fait, il a également écrit quelques nouvelles et autres pamphlets, mais, on retiendra surtout ces deux bouquins, car, autant vous le dire tout de suite, il y a du lourd!

zone-dehors-folio_150.png La Zone du dehors.... Autant l'annoncer d'entrer, je n'ai pas la prétention (ni même l'ambition d'ailleurs) de vous faire une critique, ni même un résume du livre, tellement il est complexe et riche. Personnellement, j'y ai vu la concrétisation d'un panoptique parfait décrit par Foucault (qui fait l'objet d'un chapitre dans Surveiller et Punir), l'aboutissement à l'extrême de l'ordre, une mécanique sociétale huilée à la perfection, créée pour durer grâce a un système social parfaitement équilibré qui permet de contrôler et gérer les impulsivités et les susceptibilités inhérentes à la nature humaine. Une société prisonnière de son désir de survie qui passe par une prévisibilité à toute épreuve. Cette société au passé mouvementé se trouve sur une petite portion d'un satellite de Saturne, au sein de laquelle il reste forcément quelques citoyens à l'esprit trop bouillonnant pour être enchainé ad vitam. Des petits grains de sables qui, prisonnier d'un société figée, entourés par un environnement des plus hostiles et contraints par une très haute technologie de surveillance à se tenir en place ; vont se lancer dans des actions complètement folles et vont tenter de faire dérailler la machine au nom de la liberté... Mais, une grosse machine comme ça, ça ne se laisse pas faire aussi facilement.... En résumé, ce livre, c'est Philip K.Dick, George Orwell et Michel Foucault réuni. Une histoire qui passionne, qui se lit avec plaisir et, au final, qui fait bien réfléchir.

La-Horde-du-Contrevent-Alain-Damasio150.jpg La Horde du Contrevent.... Et bin.... Rien à voir, ou presque... Déjà un petit mot sur la lecture, car cette histoire est racontée par les personnages, l'auteur n'existe pas, ne décrit pas, ne raconte pas, seul la Horde nous conte son histoire. Cette horde qui vit dans un monde ou tout n'est que vent (un peu comme si nous vivions dans un monde où tout n'était que corde...) et qui est partit de l'extrême aval pour rejoindre l'extrême amont et découvrir l'origine du vent. Vent créateur mais aussi vent destructeur, qui peut détruire des villages entiers et contre lequel cette horde, composée de jeunes gens aux talents diverses, entrainés depuis leur plus jeune age pour faire partie d'une énième horde qui devra tenter de revenir ou de retrouver les autres hordes, envoyées à intervalles réguliers et qui ne sont jamais rentrées. Franchement, moi, le bouquin m'a vraiment pris aux tripes, c'est vraiment un livre excellent, la fin m'a scotchée (même si, pour d'autres, la fin était évidente depuis longtemps, moi, je suis tombé des nues.... ou alors, je m'en doutais, mais je ne voulais pas y croire.... Je ne sais pas trop, en tout cas, j'ai pris ma claque, comme à la fin de Usual Suspects, c'est dire). Bref, je recommande chaudement, c'est original à tout points de vues, accrocheur, bien écrit, que du bonheur!

De surcroit, Alain Damasio a une vision assez large de l'expérience de lecture et de tout l'impact qu'elle peut avoir sur les autres arts, il est notamment un des rares auteurs français à utiliser le concept de Bande Originale de Livre (il existe une édition de La Horde du Contrevent accompagné d'un CD... d'une BOL en fait), peut être le premier, je ne sais pas trop en vérité, mais ça ne me surprendrait pas. J'aime beaucoup cette vision de l'inter-connectivité des arts, on a tous des couples livre / musique, et c'est probablement les deux formes d'arts qui se marient le mieux et qui laissent des possibilités infinies au lecteur / auditeur. Comprenons nous bien, la musique et le cinéma forme un couple magnifique, ou encore avec le théâtre, mais, il s'agit d'une œuvre à part entière que le spectateur ne peut pas changer et sur laquelle ses propres envies ne peuvent s'exprimer. Or on peut mettre une musique sur une histoire, on peut mettre des images sur une histoire, on peut mettre des images sur une musique. Et chaque forme d'art s'influence et alimente les inspirations des différents artistes pour créer une œuvre singulière. En tout cas, personnellement, je trouve que la littérature est une grande source d'inspiration, bien sur, le cinéma aussi ou l'animation peuvent être au moins aussi important, après, c'est pas forcément le moyen qui est important mais ce qu'il y a en dessous, un film peut être une source d'inspiration plus grande qu'une œuvre littéraire, tout dépends de la sensibilité de chacun (mais bon, là, comme je parlais littérature, forcément....).

jeudi 17 mars 2011

Multivac peut-il inverser l'entropie?

Asimov Aujourd'hui, une petite note consacrée à Isaac Asimov, qu'on ne présente plus chez les amateurs de Science Fiction (et que les autres peuvent découvrir avec plaisir!). Russe, immigrant aux États Unis à l'âge de trois ans, Asimov fera de brillantes études scientifiques et finira par obtenir un diplôme en biochimie de l'université de Columbia. Ça a son importance car, sans pour autant écrire de la Hard Science à la Jules Verne, Asimov n'a aucun problème à donner une crédibilité scientifique significative à ses nouvelles et romans.

Asimov a été un auteur incroyablement prolifique, il a à son actif quelque chose comme 500 bouquins et des tonnes de lettres et de notes. On y trouvera, bien sur, des livres et nouvelles de Science Fiction parmi lesquelles figurent des pièces maitresses comme Le Cycle de Fondation ou Le Cycle des Robots... Mais également de nombreuses publications scientifiques, de la Fantasy, des polars, etc, etc... Il a obtenu une liste de récompense longue comme une lettre au père noël d'un enfant de 6 ans qui vient de sortir d'un magasin de jouets! Bref, Asimov, c'est in-con-tour-nable! Les amateurs de Space Opera spectaculaires pourraient rester sur leur faim, soit dit en passant. Il semble qu'Asimov n'avait pas vraiment de prédilection à raconter ce genre de combat homérique, pacifiste convaincu, il se sert plutôt de son imagination débordante pour inventer des concepts ahurissants au sein d'intrigues très bien écrites que pour la mettre au service de descriptions de stratégies martiales élaborées. Le style est simple, sans fioritures, pourtant, les histoires passionnent, que ça soit sur de longues sagas ou de petites nouvelles, une fois qu'on a tourner la première page, on va au bout!

Et on trouve de tout chez Asimov, vraiment de tout. Le père des trois lois de la robotique n'a pas son pareil pour s'interroger sur des sujets aussi variés que la conscience chez les machines robotisés évolués, l'Eternité, la place des cyborgs dans la société et les capacités que pourraient avoir ces derniers, la prédiction statistique de l'avenir, la colonisation de l'espace par la race humaine, le racisme, la guerre, les univers parallèles, et j'en passe. En lisant Asimov, vous serez tour à tour amusé, surpris, passionné, dubitatif, ébahit... Le tout étant dû principalement à la simplicité de la narration et à la qualité des histoires et des scénarios.

Si je devais conseiller quelque chose à ceux qui désire s'initier au genre... Bin, déjà, vu le choix, honnêtement, j'ai du mal à choisir...

Mortelle est la nuitAllez, pourquoi pas Mortelle est la nuit, en plus c'est un petit bouquin à 2€ chez Folio, qui contient deux nouvelles d'enquêtes policières sur fond de SF d'une excellente qualité (je n'irai pas jusqu'à dire que c'est un pléonasme pour Asimov mais.... Et puis si, tiens, en fait...). Les néophytes seront surement un peu (voir beaucoup) perturbés par l'utilisation de notions d'astronomie ça et là pour expliquer certains détails, mais, malgré tout, ces nouvelles se lisent bien, aisément, et avec beaucoup de plaisir.



TyrannPour ceux qui veulent aller un peu plus loin, voilà : Tyrann, une histoire captivante, pas très très longue (genre, 250 pages) avec des rebondissement inattendus et aléatoires qui vous prennent aux tripes! Un bon complot, une révolution sous-jacente, le tout à l'échelle galactique!






FondationEt bien sur, l'incontournable Cycle de Fondation... Là, c'est juste énorme... En fait, je vais même pas trop m'étendre dessus, c'est inutile, ce cycle est juste une merveille, se vous commencez à apprécier Asimov, alors, n'hésitez pas, à mon sens, c'est probablement une des seules œuvres de SF qui a créer une petite révolution tout en étant très accessible à n'importe qui!




Après, bien sur, ne vous arrêtez pas sur votre lancée, il vous restera La Fin de l'Éternité, Némésis, Chrono Minets, Les Courants de l'Espace, sans oublier tout les Cycles des Robots....


L'image utilisée pour illustrer l'entête de cette note est un dessin de Rowena Morrill